Histoire
La sucrerie GARDEL, située à Le Moule en Guadeloupe, est un témoin majeur de l’histoire sucrière de l’île. Fondée en 1872, elle a modernisé la production de sucre dans la région en regroupant plusieurs petites usines. Malgré les crises et les évolutions économiques, GARDEL a su s’adapter, devenant l’une des dernières grandes sucreries encore en activité en Guadeloupe. Elle joue aujourd’hui un rôle essentiel dans l’économie locale et la production de sucre de canne pour la consommation et la production de rhum. La sucrerie GARDEL représente ainsi un patrimoine industriel vivant, symbole de la persévérance et de l’adaptation de l’industrie sucrière guadeloupéenne.
- 1870 - 1930
SAINT-ALARY : d’une modeste habitation sucrière à l’usine centrale d’aujourd’hui
L’histoire de GARDEL remonte à l’habitation Saint-Salary, une plantation sucrière située au Moule, où les premiers moulins à sucre artisanaux étaient utilisés pour extraire le jus de canne et produire du sucre cristallisé. À la fin du XIXe siècle, l’industrie sucrière évolue vers des structures plus mécanisées, capables de traiter des volumes plus importants. C’est dans ce contexte que l’usine GARDEL voit le jour en 1869.
- 1920 - 1970
AUBERY : une période de croissance
Dans les années 1920, une nouvelle phase d’industrialisation débute sous l’impulsion d’Eugène GRAEVE, également propriétaire de Courcelles et Gentilly. Il décide de regrouper les activités sucrières en un seul site et transforme GARDEL en Société Anonyme Sucrerie GARDEL, marquant ainsi un tournant majeur pour l’usine. Quelques années plus tard, en 1928, Armand AUBÉRY prend la direction. Conscient des difficultés posées par l’émiettement des terres agricoles, il met en place un modèle de regroupement des parcelles pour garantir un approvisionnement régulier en canne. Il modernise aussi les infrastructures de l’usine en intégrant progressivement des turbines électriques et des moulins plus performants, améliorant ainsi la capacité de broyage.
- 1968 - 1991
HUYGHES DESPOINTES : consolidation puis effondrement de la filière
À partir des années 1970, la filière sucrière guadeloupéenne entre dans une période de fragilité. L’ouverture des marchés mondiaux, la diminution des surfaces cultivées et les mutations économiques conduisent à la fermeture progressive des sucreries.
En 1967, l’île compte encore 10 usines sucrières, mais en 1981, il n’en reste plus que trois sur la partie continentale : GARDEL, Beauport et Grosse Montagne.
Le 17 septembre 1989, le cyclone Hugo porte un coup dévastateur à l’industrie sucrière. Avec des vents dépassant 260 km/h, il détruit une grande partie des infrastructures et couche 60 % des cannes de l’île. GARDEL subit de lourds dégâts, mais c’est Beauport qui ne s’en remettra pas et fermera définitivement en juillet 1990
- 1991 à aujourd’hui
L’ère moderne : la consolidation de GARDEL
Désormais, il ne reste plus que GARDEL et Grosse Montagne, mais la production de canne devient insuffisante pour maintenir deux sites industriels. En 1991, la production de canne chute à 630 000 tonnes, minimum nécessaire pour faire tourner deux usines.
En 1994, la production diminue encore à 458 000 tonnes, mettant en péril la rentabilité du secteur. Face à cette situation, un choix stratégique s’impose : pour pérenniser la filière, une usine doit fermer et ce sera celle de Grosse Montagne. Ainsi en 1995, Gardel devient la seule et dernière usine sucrière de Guadeloupe continentale.Désormais GARDEL est une entreprise privée détenue principalement par le Groupe COFEPP, un des leader Français de spiritueux (La Martiniquaise, Bardinet, Dillon, Surcrerie Rhumerie de Marie Galante, Distillerie Bonne Mère, Marie Brizard, …) et par CRISTAL UNION, groupe coopératif agro-industriel qui figure parmi les premiers producteurs européens de sucre et d’alcool.
L’outil
L’usine de Gardel dispose d’une capacité nominale de broyage de 250 tonnes de cannes par heure pour une canne à 9 de richesse et à 82% de pureté.
La cadence réelle de broyage est de 180 tonnes/h pour la fabrication de sucre de consommation et de 220 tonnes par heures pour la fabrication de sucre à raffiner, toujours pour une canne à 9 de richesse et à 82% de pureté.
La sucrerie dispose de 3 ponts bascules chacun permettant la réception des cannes et l’expédition des produits finis.
La cour à canne est équipée de deux ponts roulants l’un dédié à la manutention des cannes longues (coupées manuellement, 10%) et l’autre à celle des cannes tronçonnées (coupées mécaniquement, 90%). Une troisième cour permet un déchargement direct des cannes, principalement en provenance de la Basse-Terre (plateforme de BERON) afin de prioriser leur broyage.
L’atelier de broyage est composé d’un « Shredder » (défribreur) et d’une batterie de 5 moulins : 2 moulins MILLMAX et 3 moulins B52.
La bagasse issue de cet atelier est envoyée à la centrale thermique d’ALBIOMA, qui restitue en contre partie de la vapeur, directement, et de l’électricité, via EDF. La consommation électrique totale moyenne est de l’ordre de 6000 Kw/h. L’usine consomme 350 kg de vapeur par tonne de canne.
L’épuration est assurée par chaulage, puis par réchauffement via cinq réchauffeurs, puis par décantation suivi d’une séparation des impuretés et du jus au travers de 3 filtres rotatifs. Le jus clair obtenu subit une dernière filtration via un filtre rotatif.
L’atelier d’évaporation repose sur cinq caisses d’évaporation permettant un quintuple effet. Les vapeurs sont recyclées pour resservir en cristallisation. L’atelier d’évaporation se termine par un atelier de filtration du sirop générant la liqueur standard, base de la cristallisation.
La cristallisation s’effectue en 3 jets avec des appareils à cuire continus et discontinus. Au total la sucrerie GARDEL comporte 6 cuites discontinues et 2 cuites continues réparties entre les ateliers A, B, C.
L’atelier de centrifugation est composé de 5 centrifugeuses discontinues FIVES et 8 centrifugeuses continues BMA ou FIVES.
Enfin l’atelier de séchage comprend deux lignes : une ligne MAUSA de capacité 20 tonnes/heure et une ligne COMESSA de capacité 15 tonnes/heure.
Le stockage s’effectue dans un silo à plat situé à Jarry. GARDEL peut y stocker 15 000 tonnes de vrac et 11 000 tonnes de sucres spéciaux conditionnés en Big-Bag de 1 tonne. Sur le site du Moule les capacités de stockage sont de 2 700 tonnes uniquement de sucres de consommation (sucre spéciaux).
Le conditionnement pour le sucre de consommation directe comporte :
- Une ligne de Big-Bags d’une tonne
- Une ligne de conditionnement en sacs de 25 kg
- Un atelier de petit conditionnement pour le sucre destiné aux consommateurs finaux, atelier comprenant trois lignes pour sachets de 2Kg à 0,5Kg et d’une ligne pour bûchettes de 5g.
Le stockage mélasse est réalisé exclusivement sur le site GARDEL avec une capacité de 5 600 tonnes avec cependant, sur JARRY, un stockage supplémentaire potentiel de 7800 tonnes en cas de surstockage de mélasse sur le site du Moule.
Les hommes
Derrière chaque tonne de canne broyée, chaque cristal de sucre, il y a des hommes et des femmes engagés. Gardel, c’est avant tout une aventure humaine, portée par des générations de travailleurs qui, depuis plus de 150 ans, incarnent la résilience et la technicité de la filière cannière guadeloupéenne.
L’usine mobilise en période de campagne plus de 450 collaborateurs, répartis dans une large palette de métiers, techniques et administratifs, organisés autour de 7 grands pôles :
- Technique (mécaniciens, électromécaniciens, soudeurs, agents de conditionnement)
- Canne (arrimeurs, conducteurs d’engins, peseurs, ouvriers polyvalents)
- Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement, Énergie (QHSEE)
- Ressources Humaines
- Systèmes informatiques
- Finance
- Achats, logistique et relation client
Ces équipes œuvrent en synergie pour garantir la performance industrielle de l’usine, tout en respectant les exigences de sécurité, de qualité et de développement durable.
Gardel fonde sa culture d’entreprise sur quatre piliers, réunis dans l’acronyme E.T.E.S. :
- Excellence : dans les pratiques, les produits et les relations professionnelles
- Transparence : à l’égard des employés, des planteurs et des partenaires
- Écoute : attentive aux remontées du terrain, aux attentes des clients et collaborateurs
- Solidarité : à l’intérieur des équipes comme avec l’ensemble de la filière agricole
Avec 45 % des effectifs ayant plus de 20 ans d’ancienneté, Gardel est bien plus qu’un employeur : c’est un lieu de transmission, d’évolution et de fierté professionnelle. L’usine favorise l’ancrage local, l’embauche en Guadeloupe et la montée en compétence des jeunes générations.
Chaque saison sucrière est l’occasion de réunir des savoir-faire, de renforcer les liens intergénérationnels et de préserver un patrimoine vivant : celui d’un territoire et d’une culture agricole unique.
